25 octobre 2013

Sexy, Joyce Carol Oates

97820703808314ème de couverture : "C'était en novembre, un mardi après l'entraînement de natation. La chose avec Mr Tracy, le prof d'anglais de Darren. La chose c'est en ces termes que Darren y penserait par la suite. La chose, un mot vague, indéfini. La chose qui n'était pas arrivée de toute façon. "
Après ce jour, après ce qui s'est passé (mais s'est-il vraiment passé quelque chose ?), la vie est différente. Darren est différent. Rien n'est plus comme avant. Ses amis, sa famille, même les gens censés être des adultes responsables ne sont plus comme il les voyait. En qui Darren peut-il avoir confiance désormais ?

Joyce Carol Oates explore, avec son inégalable justesse, la quête identitaire d'un jeune de seize ans dans un monde où il n'a plus de repères. Et face à une société pleine de préjugés.

J'avais déjà entendu parler de Joyce Carol Oates, et en bien, c'est ce qui m'a poussée à acheter ce livre, pour trois fois rien dans une petite bouquinerie. Et je ne le regrette pas.

C'est un petit roman, a peine 226 pages, mais qui ne lésine pas sur la qualité. L'écriture est simple et claire, sans toutefois en devenir simpliste. Joyce Carol Oates a choisi d'écrire son roman à la troisième personne, ce qui peut parfois s'avérer risqué, surtout lorsqu'il s'agit d'un livre centré sur un personnage en particulier. Mais elle réussi avec brio a retranscrire les sentiments de Darren. C'est d'ailleurs pour cela que j'ai beaucoup aimé ce livre. A priori, étant un fille, il m'est plus facile de m'identifier à des personnages féminins, mais Sexy déroge à la règle. Pour moi, ce roman est un exemple parfait de ce que peuvent être les pensées d'un adolescent.

La relation qu'entretient le lecteur avec Darren est assez étrange. C'est peut-être d'ailleurs le personnage en lui-même qui l'est. Il est décrit comme un garçon d'une grande beauté, dans la rue les gens se retournent sur son passage. Il est aussi un des espoirs de l'équipe de natation de son lycée. Quoiqu'il fasse il attire l'attention. Mais il m'a semblé étranger à tous ça, parfois déconnecté de la réalité. Cette attention que l'on lui porte le met mal à l'aise, il ne correspond pas du tout au stéréotype du mec-beau-sportif-et-sûr-de-lui décrit dans la plupart des bouquins pour ados se déroulants aux Etats-Unis. Pour lui, la natation est un moyen de se défouler plus que de briller aux yeux de tous, il n'est pas constamment en représentation. Il doute, il a peur de ne pas être à la hauteur de tout ce dont on le félicite, de décevoir ses parents, son entraîneur. Mais il ne partage rien de tout ça,avec personne. Il se contente de montrer de lui que ce que les autres semblent décidés a voir, et il a l'intime impression que cette perfection perçue par les gens fait de l'ombre à sa propre personnalité, qu'il trouve loin d'être parfaite, et que c'est pour cette raison qu'il se sent si seul.

Et c'est un minuscule évènement, "la chose avec Mr Tracy", qui va tout faire changer, qui va le mettre face à ses peurs, mais qui va également faire apparaître un poids nouveau sur ses épaules, qu'il s’efforçait d'ordinaire d'oublier, le poids des conventions sociales. Des tabous. De ces choses dont on ne parle pas, jamais, comme si en s'efforçant de les oublier on allait les empêcher d'exister. Et pour Darren, le doute laisse place à de la culpabilité, du déni vis à vis des faits. Mais ces faits, finalement, quels sont-ils ? Et en valent-ils vraiment la peine ? A méditer... ^ ^

Joyce Carol Oates nous livre  un superbe roman sur la quête de réponses d'un jeune homme perdu entre ce qui est bien et ce qui est mal, entre ce qu'il faut faire et ce qu'il ne faut pas, désorienté par cet accord tacite entre les adultes, sensé définir les règles morales d'un monde bien trop manichéen pour être réaliste...

Alice.

Extrait :

"Certains de ceux qui le regardaient, fixant des yeux affamés sur lui, n'étaient ni des filles, ni des jeunes femmes, mais des hommes. Il voyait ça dans leur regard à quoi ils pensaient, et ça le dégoûtait. Avoir ce pouvoir l'excitait et l'effrayait à la fois. Sauf que ce n'était pas vraiment son pouvoir. Sauf qu'il n'en voulait pas vraiment. Parfois les hommes ( Darren était écœuré quand il y pensait, réellement choqué) étaient des adultes qu'il avait déjà rencontrés, des habitants de la ville, des hommes qui connaissaient sa famille.
Sexe, sexy. Être sexuel.
Il avait appris à baisser les yeux. A ne jamais avoir de contact visuel."


 Ecrivain prolifique, Joyce Carol Oates est auteur de romans, de nouvelles et de poèmes(...). Tensions sociales, pouvoir, féminité, sexualité sont autant de thèmes que l'auteur aborde et développe avec pessimisme et lucidité. Avec des romans comme Eux, La Fille du fossoyeur, ou Délicieuses pourritures, Oates dépeint un visage sans concession de l'Amérique, celui des années 1960 et 1970 principalement. (...) Au-delà de l'exploration d'un mythe américain, c'est la question de l'identité que l'écrivain cherche à percer (...). Professeur à l'université de Princeton, auteur d’essais sur l’art de l’écriture, Joyce Carol Oates s'impose comme une grande dame de la littérature américaine contemporaine. (source ICI)

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22 octobre 2013

La vérité sur l'affaire Harry Québert, Joël Dicker

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4ème de couverture : À New York, au printemps 2008, lorsque l'Amérique bruisse des prémices de l'élection présidentielle, Marcus Goldman, jeune écrivain à succès, est dans la tourmente : il est incapable d'écrire le nouveau roman qu'il doit remettre à son éditeur d'ici quelques mois.
Le délai est près d'expirer quand soudain tout bascule pour lui : son ami et ancien professeur d'université, Harry Quebert, l'un des écrivains les plus respectés du pays, est rattrapé par son passé et se retrouve accusé d'avoir assassiné, en 1975, Nola Kellergan, une jeune fille de 15 ans, avec qui il aurait eu une liaison.
Convaincu de l'innocence de Harry, Marcus abandonne tout pour se rendre dans le New Hampshire et mener son enquête. Il est rapidement dépassé par les événements : l'enquête s'enfonce et il fait l'objet de menaces. Pour innocenter Harry et sauver sa carrière d'écrivain, il doit absolument répondre à trois questions : Qui a tué Nola Kellergan ? Que s'est-il passé dans le New Hampshire à l'été 1975 ? Et comment écrit-on un roman à succès ?
Sous ses airs de thriller à l'américaine, La Vérité sur l'Affaire Harry Quebert est une réflexion sur l'Amérique, sur les travers de la société moderne, sur la littérature, sur la justice et sur les médias.

Prix Goncourt des lycéens et Grand prix du roman de l'Académie française en 2012, ce roman a eu un vif succès lors de sa sortie, c'est donc sans hésiter que j'ai décidé de le lire. Et, oui, il m'a bien plus mais "c'est tout". Disons plutôt que je ne lui ai rien trouvé d'exceptionnel...

On suit donc le narrateur, de retour dans la petite ville d'Aurora, New Hampshire, afin d'enquêter sur le meurtre de Nola et redorer le blason de son ami et mentor, Harry Québert. Il est écrivain, en période de page blanche, et son éditeur vient de lui poser un ultimatum : écrire un livre qui permettra de réitérer les ventes exceptionnelles du précédent ou risquer d'être poursuivi en justice. C'est donc aussi pour tenter de (re)trouver l'inspiration qu'il décide de revenir dans la ville où Harry Québert a longuement vécu, dans la maison où il a écrit son fantastique roman, encensé par la critique : Les Origines du Mal. Mais c'est aussi dans le jardin de cette fameuse maison qu'on été retrouvés les restes d'ossements de Nola, et tout porte donc à croire que le fantastique écrivain Harry Québert est également un meurtrier. Marcus, notre narrateur, s'embarque donc dans une enquête qui l' emmènera à découvrir les biens sombres secrets de certains habitants de la si paisible ville d'Aurora...

L'histoire en elle-même, l'intrigue est plutôt bien construite, et assez captivante, on va de révélation en révélation et j'ai parfois eu du mal à poser le livre. Cependant, j'ai trouvé quelques longueurs, notamment vers la fin, où l'auteur semble oublier son personnage dans des pistes inutiles et lui fait donc faire à mon goût trop de détours.

Les personnages sont plutôt bien trouvés, j'ai bien aimé le narrateur et toutes les histoire autour des ses années d'étudiant, ou ses discussions avec sa mère, mais j'ai quand même eu l'impression qu'il manquait quelque chose à sa personnalité pour le rendre vraiment intéressant. Ensuite, j'ai eu du mal à cerner Harry Québert, notamment le pourquoi de sa relation avec Nola qui, grâce a des retours en arrière, nous est présentée comme une gamine immature et égoïste, qui veut tout maintenant, là, de suite et qui devient donc très agaçante...

L'écriture de l'auteur est un bon point, puisque fluide et agréable, mais il ne s'agit tout de même qu'un roman policier, la plume reste donc assez simpliste. Cependant, la "réflexion sur l'Amérique, sur les travers de la société moderne, sur la littérature, sur la justice et sur les médias " m'a au premier abord parue un peu légère, mais c'est finalement avérée intéressante. L'auteur ne nous apprend pas grand chose sur la soif de profit des hommes d'affaires ou la forte tendance à déformer les propos des médias, mais nous donne quand même matière à réfléchir, ce qui ne se refuse pas ^^

En conclusion, j'ai beaucoup aimé ce roman, malgré mes nombreux "cependant" et j'ai passé de très bons moments durant sa lecture, avec une ambiance très agréable, intimiste et en même temps assez sombre et un intrigue bien menée. Et petit plus : la superbe image de couverture, une oeuvre d'Edward Hooper, peintre que j'aime beaucoup, et qui retranscrit très bien l'atmosphère d'Aurora. Un livre à lire !

Alice.

Posté par keiralice à 15:26 - - Commentaires [1] - Permalien [#]
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